Derrière chaque grande avancée sociale française, il y a d’abord eu des citoyens qui se sont rassemblés. Retour sur dix combats qui ont façonné la France que nous connaissons aujourd’hui.

[Article issu du site "La France qui (se) bat"]
L’Économie sociale et solidaire, c’est une autre manière de faire société : ce sont des organisations qui décident collectivement et placent l’intérêt général avant le profit.
Les associations en sont l’un des piliers : elles mobilisent, innovent, protègent, soignent, accompagnent.
Elles montrent que l’ESS n’est pas une économie de second plan mais un modèle qui change la vie de millions de personnes.
Voici 10 combats qui ont changé notre quotidien :
1901 : La France invente la liberté d’agir ensemble
Avant 1901, créer une association était soumis à l’autorisation de l’État.
Alors tout commence le 1er juillet 1901. Portée par Pierre Waldeck-Rousseau, la loi consacre un principe simple mais révolutionnaire pour l’époque : tout citoyen peut créer une association sans autorisation préalable.
Élevée en 1971 par le Conseil constitutionnel au rang de liberté fondamentale, elle ouvre 125 ans d’engagement collectif. Sans elle, aucun des combats qui suivent n’aurait été possible.
1944 : Les femmes obtiennent le droit de vote, après 80 ans de mobilisation associative
Aujourd’hui, le droit de vote pour les femmes paraît évident.
Mais avant que l’ordonnance du 21 avril 1944 ne consacre leur droit de suffrage, des générations de militantes se sont rassemblées au sein de la Ligue française pour le droit des femmes (1882), du Conseil national des femmes françaises (1901) ou de l’Union française pour le suffrage des femmes (1909) pour le suffrage des femmes.
80 ans de combat associatif pour qu’en avril 1945, les Françaises votent pour la première fois.
1944 : Démocratiser l’accès à la culture, au sport et au loisir
Jusqu’en 1967, la contraception est interdite en France. Dans la France de l’après-guerre, les premières Maisons des Jeunes et de la Culture (MJC) ouvrent leurs portes.
Elles prolongent un mouvement déjà ancien : UFOLEP (1928), FSGT (1934), Cémea (1937), Francas (1944), qui démocratise la pratique culturelle, sportive et l’éducation populaire.
Le maillage actuel de clubs, MJC et centres de loisirs en est l’héritage direct.
1956 à 1967 : Le droit à la contraception, un combat associatif change la loi
Jusqu’en 1967, la contraception était interdite en France.
Pour conquérir le droit de disposer librement de leur corps, des femmes et des médecins s’organisent. Parmi les acteurs : « La Maternité heureuse » (1956), devenue Mouvement français pour le planning familial en 1960, Choisir la cause des femmes (1971), le MLF (1970)…
Ce combat aboutira à la légalisation de la contraception (loi Neuwirth, 1967) puis à celle de l’IVG (loi Veil, 1975).
Aujourd’hui, disposer librement de son corps est un droit.
1971 à 1994 : La France invente l’humanitaire moderne
Des médecins et des citoyens français inventent un nouveau modèle d’engagement à l’international, fondé sur l’indépendance et la liberté de témoigner, c’est-à-dire : intervenir directement auprès des populations, même en zone de guerre.
Ils porteront le concept du droit d’ingérence humanitaire, reconnu par l’ONU en 1988.
Parmi les acteurs de ce mouvement : Médecins Sans Frontières (1971), Action contre la Faim (1979), Médecins du Monde (1980), Handicap International (1982), Coordination SUD (1994)…
L’aide humanitaire moderne telle que nous la connaissons est largement née de ces initiatives associatives.
1970 à 2021 : L’écologie associative impose l’environnement au débat public et à la loi
Bien avant que le climat fasse la une des journaux, des associations alertent sur la pollution, la biodiversité ou les risques industriels.
Pendant 50 ans, des associations, comme France Nature Environnement (1968), les Amis de la Terre (1970), Greenpeace France (1977), la Fondation pour la Nature et l’Homme (1990), Réseau Action Climat (1996), s’organisent pour faire reconnaître l’urgence climatique et environnementale et porter ces enjeux jusqu’au Parlement.
Leur action contribuera à des lois structurantes : loi Barnier sur l’environnement (1995), Charte de l’environnement adossée à la Constitution (2005), lois Grenelle (2009-2010), loi sur la transition énergétique (2015), loi Climat et Résilience (2021).
1983 à 1990 : La jeunesse contre les discriminations
Face à la montée des discriminations et dans le sillage de la Marche pour l’égalité de 1983, des jeunes et des militants s’organisent pour installer la lutte contre le racisme et l’antisémitisme dans le débat public.
Parmi les acteurs : la Ligue des Droits de l’Homme (1898), la LICRA (1927), le MRAP (1949), SOS Racisme (1984)…
Ces dispositifs soutiennent actuellement des millions de personnes et permettent aux associations d’agir grâce à la générosité du public.
1984 à 1996 : Face au sida, les malades dont reculer la maladie
Dans les années 1980, les personnes vivant avec le VIH subissent autant la maladie que la stigmatisation.
Face à l’épidémie du sida, des malades et leurs proches s’organisent là où les pouvoirs publics tardent à réagir. AIDES (1984), Act Up (1989), Sidaction (1994)…Ce sont eux qui obtiendront le remboursement à 100 % des traitements et l’accès universel au dépistage.
1985 à 1990 : Droits des chômeurs et des précaires, la France réinvente sa solidarité
Face au chômage de masse et à l’explosion de la précarité, des associations s’organisent pour défendre les plus démunis et obtenir de nouveaux droits.
Parmi les acteurs : ATD Quart Monde (1957), le Secours catholique, le Secours populaire, les Banques alimentaires (1984), les Restos du Cœur (1985), le DAL (1990), AC ! (1993)…
Leur mobilisation contribuera à l’instauration du RMI (1988), à la loi Coluche (1988) qui crée une déduction fiscale de 60 % sur les dons, et à la loi sur le droit au logement (1990).
2005 : Loi handicap, 30 ans de combat associatif aboutissent
Pendant près de trente ans, les associations de personnes en situation de handicap et leurs familles réclament une société pensée pour tous.
Portée par APF France handicap, l’UNAPEI, l’AFM-Téléthon et des dizaines d’associations de familles, la loi du 11 février 2005 marque un tournant et instaure l’accessibilité universelle et la pleine citoyenneté des personnes handicapées.
Accessibilité des bâtiments, compensation du handicap, accompagnement scolaire… des droits qui changent concrètement la vie de millions de personnes.
Les associations ne sont pas un décor de la vie sociale. Elles en sont l’ossature.
Aujourd’hui, la France compte plus de 1,5 million d’associations actives, animées par 13 millions de bénévoles. Chaque jour, elles continuent d’agir, de porter des causes, de faire avancer la société. Pas parce qu’elles y sont contraintes : mais parce que c’est leur raison d’être.
> Découvrir la mobilisation La France qui (se) bat